Petite histoire de l’art de la table en France

L’art de la table en France est bien plus qu’une simple manière de disposer les couverts. C’est une tradition profondément ancrée dans l’histoire du pays, une célébration de la gastronomie, du savoir-vivre, et du lien social. L’élégance du repas, qu’il soit fastueux ou simple, reflète les valeurs culturelles françaises et témoigne d’un héritage inestimable. Cet article explore les racines historiques de cette tradition, les auteurs qui l'ont magnifiée, ainsi que les tendances actuelles qui marquent un retour vers la pratique de l’art de recevoir.

Une tradition historique : des banquets aux salons

L’art de la table, tel qu’on le connaît aujourd’hui, s’est d’abord développé dans les cours royales de l’Europe.

Sous François Ier, le service à la française prend forme : les plats sont disposés simultanément sur la table et les convives se servent eux-mêmes, une approche qui contrastait avec le service à l’anglaise, où les plats étaient servis individuellement. L’apparat et la richesse de ces banquets royaux ne se limitaient pas aux mets, mais s’étendaient aux ustensiles, aux assiettes et à la présentation générale de la table.

C’est sous Louis XIV, à Versailles, que l’art de la table prend véritablement son envol. Le roi Soleil voyait dans chaque repas une démonstration de pouvoir et de raffinement. Les tables étaient ornées de vaisselle en argent, de verres en cristal, et de centres de table spectaculaires. Cet amour de la mise en scène des repas s’est diffusé dans toute l’Europe, faisant de la France une référence en matière d’art de recevoir.

C’est au XIXe siècle qu’une véritable modernisation de la table intervient avec l’introduction du service à la russe. Contrairement au service à la française où tous les plats étaient servis simultanément, le service à la russe fait arriver les mets les uns après les autres, permettant ainsi aux convives de savourer chaque plat au même moment. L’assiette, désormais centrale, est placée à trois centimètres du bord de la table. Les couverts suivent une disposition stricte, avec le couteau à droite et la fourchette à gauche, le tout organisé dans l’ordre du service des plats. Ce changement de présentation est accompagné par l’essor de la bourgeoisie et de la production industrielle de la verrerie et de l’argenterie, en partie grâce aux innovations comme la galvanoplastie.

Des références littéraires et populaires célèbres

Le repas et l’art de la table sont aussi des thèmes récurrents dans la littérature française. Jean Anthelme Brillat-Savarin, auteur de Physiologie du goût (1825), affirme que "la découverte d’un mets nouveau fait plus pour le bonheur du genre humain que la découverte d’une étoile". Il s’intéresse non seulement à la gastronomie, mais également à l’importance de l’expérience visuelle et sociale du repas. Pour lui, la beauté d’une table bien dressée est essentielle à la jouissance du repas.

Marcel Proust, dans son œuvre majeure À la recherche du temps perdu, fait de la table un espace de mémoire et de sentiment. Les repas de famille décrits par Proust sont empreints de rituels et d’élégance. Il détaille avec soin la disposition des plats et le rôle de la nourriture dans la réminiscence et la transmission culturelle. Les repas deviennent des lieux de nostalgie, mais aussi des moments de connexion intime entre les convives.

Colette, dans Chéri (1920), évoque quant à elle l’importance de la sensualité dans l’acte de manger et la mise en scène des repas, soulignant l’aspect esthétique de la table comme une extension de soi.

Plusieurs expressions françaises reflètent l’importance de l’art de la table dans la culture. "Mettre les petits plats dans les grands" évoque l’effort déployé pour impressionner les invités en utilisant les meilleures pièces de vaisselle. Cette expression, née au XVIIIe siècle, est une référence directe aux grands dîners aristocratiques où chaque détail, de la nappe à la porcelaine, devait être impeccable.

L’expression "avoir du pain sur la planche" est également tirée de la vie quotidienne des artisans boulangers, où avoir du pain à faire signifiait une longue journée de travail. Elle est devenue, au fil du temps, une métaphore pour désigner une tâche difficile ou un emploi du temps chargé, bien loin de son origine gastronomique.

L’art de la table ou l’art du beau

L’art de recevoir ne se limite pas à la table : il s’étend à l’expérience globale. Selon l'écrivain Hedwige de Polignac, l’art de la table "n’est pas seulement une question de goût, mais de transmission d’un moment, d’une atmosphère". Cet art de recevoir met en avant l’importance du partage, où la beauté et l’harmonie des objets créent une connexion entre les convives.

Aujourd'hui, la scénographie de la table prend une nouvelle dimension dans l’organisation de dîners privés exclusifs comme le Club du Souper. Ces événements incarnent l'art du beau, où chaque détail, du mobilier à la vaisselle, participe à une mise en scène réfléchie. L'objectif est de créer une atmosphère intime et captivante qui transporte les convives dans un autre monde.

La scénographie contemporaine tire parti de l’histoire des objets vintage. Ces pièces, souvent issues de collections anciennes, apportent un cachet inestimable aux tables modernes. Les belles pièces d’antan, telles que les porcelaines de Gien ou les argenteries Gallia, sont redécouvertes et réinventées dans des mises en scènes nouvelles. En mixant les époques et les styles, ces objets permettent de réinscrire la tradition dans une esthétique contemporaine, tout en préservant l’héritage du passé.

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La tendance du métal et de l’inox dans l'art de la table : entre modernité et intemporalité

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Quand la table devient une œuvre d’art surréaliste